Qui êtes-vous Bertrand Runtz ? Petit questionnaire décalé…

Questionnaire réalisé pour : lechoixdeslibraires.com

 

1) Qui êtes-vous Bertrand Runtz ?!

Un « jeune » auteur en devenir de 52 ans…

J’ai publié mon premier roman, Amère, en 2005. Il a eu une jolie vie puisqu’il a été sélectionné pour le prix Roblès et a été repris par la suite chez Pocket. J’ai depuis publié deux recueils de nouvelles et deux autres romans, notamment N’oublie pas de mourir en juin 2014 aux éditions du Jasmin, dans leur récente collection de littérature générale.

C’est mon cinquième livre et il se trouve que c’est également le cinquième titre de leur collection grand format, un signe encourageant, vous ne croyez pas ? Pour le moins un clin d’œil…

2) Quel est le thème central de ce livre ?

Je souhaitais mettre en scène trois générations sous un même toit, ce qui n’est plus aujourd’hui une situation si commune. Deux jeunes enfants en début de vie, un homme à mi-parcours et puis un vieillard, à l’autre extrémité. L’histoire nous est racontée à travers les yeux de l’homme dans la force de l’âge. Par un cruel effet de miroir, il voit son père dégringoler la pente de la vie, pendant que ses enfants la gravissent avec l’enthousiasme de la jeunesse.

Conscient que c’est un combat perdu d’avance, il s’efforce néanmoins de faire en sorte que tout se passe pour le mieux. Sans doute fait-il partie de cette sorte d’homme qui considère que certaines défaites n’en sont pas moins des victoires…

Bien sûr, ce n’est pas un livre léger puisqu’il pose finalement cette douloureuse question : comment peut-on être le père de ses enfants et devenir dans le même temps celui de son propre père ?

Pour autant, si certaines pages sont parfois graves, j’ai voulu un livre débordant de vie et d’humanité, où l’humour tient même une place importante.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?

Il y en a de nombreuses, certaines davantage littéraires, mais il me semble que celle-ci résume assez bien l’esprit du livre.

Toi aussi tu seras comme ça, plus tard ?

Cette question est posée par Théo à son père juste au mitan du livre, page 110. Soudain, il s’inquiète que celui-ci ne devienne un jour comme son grand-père, vieillard affligé d’un Alzheimer…

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?

Le Requiem, de Fauré. Vous voyez, je vous avais dit que c’était souvent drôle…

5) Qu’aimeriez-vous partager avec les lecteurs en priorité ?

L’émotion avant tout !

Plutôt que de chercher à « raconter des histoires » à mes lecteurs, je désire mettre en évidence le fond commun d’humanité que nous avons tous en partage, homme ou femme, jeune ou vieux, quelles que soient nos origines culturelles ou sociales, notre couleur de peau, en me gardant, autant que faire se peut, de tout pathos ou mièvrerie facile. C’est là le véritable fil rouge de mon écriture.

6) Avez-vous des rituels d’écrivain ? (Choix du lieu, de l’horaire, d’une musique de fond.)

J’ai en effet longtemps eu besoin d’une musique de fond lorsque j’écrivais, comme pour couvrir le brouhaha du monde. Longtemps la même : la bande musicale du film Out Of Africa, composée par John Barry. Et puis cela m’a passé. Aujourd’hui de préférence plus rien, si ce n’est le léger bourdonnement de mon ordinateur, qui curieusement (j’y songe seulement), n’est pas sans me rappeler le lointain vrombissement des moteurs de ces ferrys qu’adolescent je prenais parfois l’été, la nuit, entre Marseille et la Corse, et où, si le temps le permettait, j’aimais alors à m’installer sur le pont supérieur, adossé aux grandes cheminées…

Ce bourdonnement m’accompagne aujourd’hui sans que j’en sois toujours conscient mais qui peut-être, lorsque je suis en panne, me procure le réconfortant sentiment que quelque chose continue malgré tout à se faire, que la machine poursuit son travail quelque part dans les entrailles du navire.

Une tasse de thé brûlant, alors que ma famille et mes amis dorment paisiblement.

7) Comment vous vient l’inspiration ?

Je la puise en moi, dans mes propres souvenirs. Je maraude aussi à l’occasion ceux de mes proches, ceux des gens qui passent, des parfaits inconnus. À l’occasion, je m’invente les souvenirs, les vies que j’aurais voulu avoir. Je brasse le tout. Il en reste parfois quelque chose, au fond de l’alambic. Des émotions puissantes dont je suis la première victime et que je tente de distiller au fil des pages…

8) Comment l’écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent « un jour j’écrirai des livres » ?

Après la découverte « fortuite » de la lecture, qui devait me plonger dans un autre univers en me sauvant en quelque sorte de ma propre vie, j’ai fini par éprouver confusément que cela ne suffirait pas et qu’il me faudrait un jour devenir maitre de mon destin. Ce fut là, sans doute, mon premier et violent désir d’écriture. Je ne devais le réaliser (le comprendre et le faire) que bien des années plus tard, mais cela est une autre histoire…

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?

Comme si c’était hier, d’ailleurs ne l’était-ce pas ?

J’avais alors treize ans et la lecture ne me passionnait guère, tout comme l’école pour dire vrai. Cet été là, ma sœur (mon aînée de vingt ans), désespérant de me voir gâcher mon temps en stupidités sans lendemain, me donna à lire trois livres. Ce n’était pas une suggestion de sa part, une aimable proposition, elle me l’imposa fermement ! Je n’étais pas de taille à lutter. En désespoir de cause, je me résignai à cette corvée.

Elle avait arrêté son choix sur Le Grand Meaulnes, Les Cavaliers, et puis sur Le Vieil Homme et la Mer…

Je commençai donc par Le Grand Meaulnes. J’y entrai en traînant les pieds et en maugréant ; en indécrottable cancre, désespéré d’avoir dû lâcher son radiateur au fond de la classe pour venir s’asseoir au premier rang, juste devant le bureau du maître. Mais voilà que dès les premières pages, à ma plus grande surprise, je me trouvai littéralement envoûté. J’errai des heures durant avec Augustin à travers la campagne, dans les sous-bois et les chemins creux du livre à la recherche du fameux domaine, à tel point que depuis lors je me suis toujours refusé à replonger dedans, malgré la tentation, de peur de détruire à jamais la magie initiale. Et je crois bien que je m’y tiendrai jusqu’au bout, d’autant plus conforté en cela par cette phrase lue récemment chez Julio Cortázar : « Car il y a une chose que je sais, c’est que je ne relirai jamais certains livres de mon enfance… ils demeurent, dans le tombeau de ma mémoire, comme cette armée de terre cuite qui garda pendant des siècles le sommeil du prince fondateur de la Chine. »

Puis je dévorai Les Cavaliers, à bride abattue. L’aventure m’emportait. Un souffle inconnu bousculait ma petite vie à la dérive entre le square d’Anvers et la rue des Martyrs. Je traversais l’Afghanistan. Je n’étais déjà plus le même.

Je sautai ensuite allègrement à bord de cette étrange barcasse littéraire qu’est Le Vieil Homme et la Mer, œuvre à laquelle, pour être honnête, je ne compris alors pas grand-chose – qu’était-ce donc que ce livre qui racontait la lutte épique d’un vieux pêcheur avec un fabuleux poisson, pour finalement ne ramener que son arête ?

Et cependant, voilà que j’étais mordu à mon tour, à l’instar du grand marlin… Oui, j’étais ferré. Dorénavant, la lecture ne me quitterait plus. Je me suis souvent demandé depuis ce qu’il serait advenu si le choix de ma sœur aînée s’était porté sur d’autres ouvrages ? J’en ai certains en tête, mais je ne souhaite blesser personne inutilement…

Toujours est-il qu’elle ne s’était pas trompée.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ?!

Quelle question, à faire exister le monde, bien entendu !

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